Libula

Les ruines de kilwa kisiwani, une ancienne puissance commerciale

En Tanzanie, près de la côte, l’on retrouve les ruines de Kilwa Kisiwani, l’une des îles de l’archipel de Kilwa. Bordée par l’océan indien, Kilwa Kisiwani était une cité portuaire ayant joué un rôle important dans les échanges commerciaux de la Côte-est africaine.

Kilwa Kisiwani est occupée dès le IXᵉ siècle et connaît son apogée entre les XIIIᵉ et XIVᵉ siècles. Son ouverture sur les routes maritimes de l’océan Indien lui permet de devenir un important centre d’échanges entre l’Afrique de l’Est et les grands marchés de l’époque, notamment l’Arabie, l’Inde et la Chine. L’or et l’ivoire provenant des contrées africaines étaient exportés et échangés contre de l’argent, des perles de cornaline, des parfums, des faïences persanes et de la porcelaine chinoise. La ville fabriquait même sa propre monnaie entre le XIᵉ et le XIVᵉ siècle, signe de son importance économique. Cette prospérité faisait de Kilwa bien plus qu’un simple comptoir commercial : c’ était une véritable ville, avec ses habitations, ses places publiques, ses lieux de culte, ses espaces funéraires et ses bâtiments monumentaux.

L’une des particularités de Kilwa Kisiwani réside dans son architecture. Les constructions sont faites principalement en pierre corallienne et en mortier de chaux. Parmi les vestiges les plus impressionnants de la cité, figure la Grande Mosquée de Kilwa Kisiwani, construite à partir du XIᵉ siècle puis agrandie au XIIIᵉ siècle. L’architecture de l’édifice construit principalement en pierre corallienne et en mortier de chaux témoigne du savoir-faire des bâtisseurs swahilis. Il possède notamment seize travées couvertes de voûtes et de coupoles. Certaines parties étaient même décorées avec des fragments de porcelaine chinoise. La grande coupole construite au XIIIᵉ siècle fut pendant plusieurs siècles la plus grande coupole d’Afrique de l’Est. L’autre monument majeur est un imposant complexe palatial : Husuni Kubwa. Édifié en pierre corallienne, le palais comprenait de nombreuses salles et espaces résidentiels ainsi qu’une vaste piscine octogonale. Sa grandeur illustre la richesse et le pouvoir des dirigeants de cette cité à l’époque où elle dominait une partie importante du commerce régional.

La domination de Kilwa commence progressivement à s’affaiblir au XVIᵉ siècle. L’arrivée des Portugais dans la région bouleverse les équilibres commerciaux. Ceux-ci établissent notamment un fort sur l’île, dont les vestiges sont associés aujourd’hui à la structure appelée Gereza. Le déclin de Kilwa et de Songo Mnara commence alors. Au fil des siècles, la cité perd son rôle majeur dans le commerce maritime et une grande partie de ses bâtiments tombe en ruine.

Malgré son importance historique, Kilwa Kisiwani reste un patrimoine vulnérable. Le site est exposé à plusieurs menaces, notamment l’érosion côtière, l’invasion de la végétation, les effets de la mer, ainsi que l’expansion des constructions et certaines activités agricoles. En 2004, la détérioration des monuments avait conduit à l’inscription de Kilwa Kisiwani et Songo Mnara sur la Liste du patrimoine mondial en péril. Grâce à l’amélioration des mesures de conservation et de gestion, le site en a été retiré en 2014.

Les ruines de Kilwa Kisiwani rappellent une réalité parfois oubliée : bien avant l’époque coloniale européenne, les côtes africaines étaient intégrées à de vastes réseaux commerciaux internationaux. Inscrites au patrimoine mondial en 1981, les ruines de Kilwa Kisiwani et Songo Mnara constituent aujourd’hui un témoignage exceptionnel de l’essor de la culture swahilie et du commerce de l’océan Indien entre le IXᵉ et le XIXᵉ siècle.

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