Libula

Ngalifourou, souveraine des Tékés

L’histoire de l’Afrique précoloniale est jalonnée de parcours féminins aussi impressionnants les uns que les autres. Figure historique majeure et dernière reine du royaume Téké, jadis situé sur les territoires actuels du Gabon et du Congo Brazzaville, Ngalifourou est née en 1864 à Ngabé et décédée en 1956. Elle mène une vie ordinaire jusqu’à ses 15 ans, en 1879 où elle devient la seconde épouse du roi Illoy Ier (ou Iloo Ier). La même année, elle est nommée gardienne du Nkwe Bali également orthographié Nkwe Mbali, le fétiche protecteur national qui soutient l’autorité du Makoko (souverain), un titre qui fait d’elle l’épouse principale. Elle a joué son rôle de gardienne avec intégrité et dignité.

Véritable modèle de sagesse, elle est choisie en 1892, après le décès du Makoko Illoy Ier pour lui succéder sur le trône. Conformément à la tradition, elle a épousé les différents souverains qui se sont succédé mais elle s’est particulièrement attachée à son second mari l’Onkoo Ngaywo à tel point qu’à son décès, elle a décidé d’habiter près de sa tombe. Tout en étant l’épouse du makoko, elle conservait son titre de souveraine et de gardienne du Nkwe Bali. Toutefois, il est important de rappeler que le choix du Makoko se faisait selon des règles strictes. Le candidat devait être originaire d’une lignée royale.

Le rôle de leader de la reine ne s’est pas limité à des fonctions souveraines indigènes. Elle a également joué un rôle important dans l’histoire coloniale du Congo Brazzaville. Elle a collaboré avec l’administration coloniale, chose qui n’était pas appréciée par ses administrés. La souveraine pensait avoir ainsi trouvé le moyen de préserver l’identité culturelle de son peuple car l’objectif des colons était de les “civiliser”. Elle traitait directement avec les autorités coloniales les plus importantes.

Pendant la bataille opposant les Français et les Nazis, elle a joué un rôle majeur. La reine a en effet envoyé des soldats tékés se battre auprès des troupes françaises. Suite à ce soutien de taille, la France lui remet la Légion d’Honneur, les décorations du Bénin et l’Etoile d’Anjouan. Elle fut également détentrice d’une épée qu’on avait appelé “l’épée De Brazza” que l’explorateur éponyme lui avait confié en 1923.

Elle meurt le 8 juin 1956. Elle eut droit à des obsèques grandioses. Des danses rituelles ont eu lieu devant un grand buste de la reine taillé dans du bois, pendant ses obsèques. Ce buste est encore conservé dans le palais de la famille royale à Mbé.

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