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La Marche des Femmes sur Grand-Bassam (1949) : Stratégie, Mobilisation et Impact Politique

Du 22 au 24 décembre 1949, plusieurs femmes ivoiriennes se rendent d’Abidjan à Grand-Bassam, pour exiger la libération des dirigeants du Parti Démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI-RDA) emprisonnés par les autorités coloniales françaises.

En février 1949, à la suite d’incidents violents à Treichville, l’administration coloniale ordonne l’arrestation de huit cadres du PDCI-RDA parmi lesquels, Jean-Baptiste Mockey, Mathieu Ekra, Bernard Dadié qui restent incarcérés sans jugement à la prison de Grand-Bassam.Face à cette répression subie par les dirigeants masculins, l’équilibre du parti est menacé. Pour remédier à cela, les femmes du PDCI-RDA réunies en comité, sous l’impulsion de figures telles que Marie Koré, Anne-Marie Raggi, Marguerite Sacoum, prennent le relais et décident d’effectuer une marche sur le lieu de détention de leurs dirigeants, frères ou maris.

L’efficacité de la marche repose sur une logistique rigoureuse et un maniement habile des leviers socioculturels de la société ivoirienne.
Le 22 Décembre 1949, pour déjouer les barrages militaires postés aux sorties d’Abidjan et au pont de Moossou, les femmes quittent la capitale en petits groupes discrets, habillées en tenues de travail ou de marché pour passer inaperçues.
Le 23 Décembre 1949, des milliers de femmes venues d’Abidjan, de Moossou et des régions environnantes convergent vers Grand-Bassam. Elles s’organisent en groupes ethniques et régionaux pour faciliter la communication et la cohésion.
Le 24 Décembre 1949, face à la prison, les forces coloniales tentent de stopper le cortège par des lances à eau piquantes (eau mélangée à du piment), des matraques et des gaz lacrymogènes. Les femmes répliquent par des chants de guerre sacrés (Ahoko) et en utilisant la nudité rituelle comme arme de protestation et de shaming contre les tirailleurs et policiers.
L’usage de la dénudation partielle face aux forces de l’ordre représentait une arme symbolique d’une puissance extrême dans les cultures ouest-africaines. En jetant la malédiction sociale et spirituelle sur les oppresseurs (et en particulier sur les gardes africains du gouvernement colonial), les marcheuses ont désarmé psychologiquement l’appareil de répression.

Sur le plan immédiat, la marche n’a pas permis la libération instantanée des prisonniers politiques (qui n’interviendra qu’ultérieurement après procès). Cependant, la répression sanglante — qui fit plus de 40 blessées et plusieurs arrestations — a provoqué un choc moral dans l’opinion publique locale et métropolitaine.

La marche sur Grand-Bassam dépasse le cadre de la simple protestation de décembre 1949. Elle constitue l’acte fondateur de l’engagement politique féminin en Côte d’Ivoire. En transformant la répression en tribune et la condition féminine en levier de résistance, ces femmes ont précipité la mutation du mouvement d’indépendance d’une lutte d’élites lettrées vers une révolution nationale intégrée.

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