Manu Dibango, le saxophoniste camerounais qui a conquis le monde
Manu Dibango, saxophoniste, chanteur, compositeur, arrangeur et chef d’orchestre surnommé papa Groove a passé près de sept décennies dans la musique. De Douala à Paris, de clubs de jazz aux scènes internationales, il construit une œuvre à cheval entre le makossa, l’ethno-jazz, la soul, le funk et de nombreuses autres influences.
Rien ne laissait présager que le jeune Emmanuel N’Djoké Dibango, installé en France à l’adolescence, deviendrait l’un des musiciens africains les plus connus au monde. Né à Douala, au Cameroun, le 12 décembre 1933, Manu Dibango est élevé dans une famille protestante. Sa mère est couturière à la maison et occasionnellement professeur de la chorale des femmes du temple et son père est fonctionnaire. C’est surtout dans ce milieu religieux qu’il fait très tôt connaissance avec la musique. Son cheminement sera ensuite jalonné de rencontres, de voyages et surtout d’une curiosité musicale qui ne le quittera jamais.
En 1949, il s’envole du vers la France. Là, il continue ses études et découvre peu à peu de grandes figures du jazz qui éveillent sa curiosité, notamment Louis Armstrong, Duke Ellington, Lester Young et Charlie Parker. Il apprend à jouer du saxophone et commence à fréquenter les milieux musicaux. À Paris, il découvre le jazz moderne, se produit dans les clubs de Saint-Germain-des-Prés. Il se rend ensuite à Bruxelles où il joue dans plusieurs orchestres. Il accompagne également de nombreux artistes de la chanson française dont Gilbert Bécaud et Dick Rivers.
L’artiste ne se contente pas de reproduire ce qu’il entend. Il cherche à faire une musique qui puisse faire dialoguer ses racines camerounaises avec les influences découvertes en Europe et dans le jazz car il a la facilité de passer d’un univers à l’autre. Dibango ne conçoit pas la musique comme un domaine à enfermer dans des cases strictes. Dans un entretien accordé au Courrier de l’UNESCO, il expliquait à propos de son refus d’être enfermé dans une seule identité musicale ou nationale : il préférait se définir comme appartenant à la « race des musiciens ».
C’est cependant en 1972 que Manu Dibango connaît une véritable consécration internationale avec « Soul Makossa ». Le morceau est construit sur le makossa, genre musical originaire du Cameroun, auquel Dibango ajoute des sonorités soul et funk. Le titre connaît alors un succès grandissant aux États-Unis et contribue à révéler le musicien à un public international.
L’une des histoires les plus célèbres liées au titre concerne Michael Jackson. Le morceau a inspiré une partie de Wanna Be Startin’ Somethin’, figurant sur l’album Thriller. L’utilisation du motif musical de Dibango a donné lieu à un règlement à l’amiable. La carrière de Manu Dibango ne se résume pourtant pas à ce morceau. Au fil des années, le saxophoniste multiplie les collaborations et explore continuellement de nouvelles sonorités. Son parcours illustre une volonté constante de créer des passerelles entre les cultures musicales. L’un des projets qui témoigne particulièrement de cette ambition est «Wakafrika», album consacré aux grands classiques de la musique africaine et réalisé avec plusieurs artistes majeurs du continent, parmi lesquels Youssou N’Dour, Salif Keïta, Angélique Kidjo, Papa Wemba et King Sunny Adé.
Manu Dibango est également un artiste engagé dans les questions culturelles et humanitaires.
En 2004, l’UNESCO le nomme Artiste de l’UNESCO pour la paix, en reconnaissance notamment de son engagement en faveur de la culture et de la paix. Il participe par la suite à plusieurs initiatives de l’organisation. En 2010, il prend notamment part à Paris au concert de solidarité organisé en faveur d’Haïti. Deux ans plus tard, il participe aux célébrations de la première Journée internationale du jazz organisée au siège de l’UNESCO. Il s’engage également en faveur de la francophonie et de la défense du droit d’auteur.
Manu Dibango s’éteint le 24 mars 2020 à l’âge de 86 ans, après avoir contracté la Covid-19. L’UNESCO salue alors la mémoire d’un « musicien de jazz camerounais de légende » et d’un humaniste dont l’engagement en faveur de la culture et de la paix a marqué plusieurs générations.
Son œuvre continue de circuler entre les générations et les continents en dépit de son décès. Les collaborations qu’il a multipliées, les genres qu’il a contribué à mélanger et l’empreinte laissée par « Soul Makossa » témoignent d’une carrière qui a largement dépassé les frontières du Cameroun.
Manu Dibango appartient aujourd’hui à cette génération d’artistes africains qui ont contribué à faire évoluer le regard porté sur les musiques du continent. Il a prouvé qu’il était possible de s’inspirer du jazz, de la soul ou du funk tout en conservant un lien profond avec les rythmes africains.

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