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Tassi Hangbé, la reine guerrière du Danhomè longtemps effacée de l’histoire

Dans l’actuel Bénin jadis appelé royaume du Danhomè également orthographié Dahomey, Tassi Hangbé, fille de Houegbadja, sœur jumelle du souverain Akaba prend les rênes du royaume en 1708. Issue d’une famille royale, elle connaît une enfance différente de celle des autres petites filles. Elle est initiée au maniement des armes et au combat comme les garçons. Elle règne pendant quelques années et crée la première armée de femmes du Dahomey: les Agojié que les européens rebaptiseront plus tard Amazones du Dahomey.
Contrairement aux figures masculines, son nom disparaît largement des récits officiels malgré les prouesses qu’elle a accompli en tant que seule femme ayant dirigé le royaume du Danhomè.

 

Tassi Hangbé, également appelée Tassin Hangbé, Ahanbé ou Nan Hangbé selon les sources, est présentée comme la fille du roi Houégbadja, troisième roi d’Abomey également considéré comme le fondateur du royaume du Danhomè. Elle est surtout connue comme la sœur jumelle du roi Houessou Akaba, qui règne sur le Danhomè à partir de 1685. À la mort d’Akaba la veille d’une bataille décisive, en 1708, une crise de succession se profile. Agbo Sassa, premier fils d’Akaba étant encore trop jeune pour prendre immédiatement le pouvoir, Hangbé aurait alors assuré les fonctions royales. Les sources historiques et les traditions orales divergent toutefois sur certains détails de cette succession et sur l’étendue exacte de son pouvoir.

 

Tassi Hangbé a régné sur le Danhomè entre 1708 et 1711. Son accession au pouvoir constitue un événement remarquable dans une société politique où le trône était principalement occupé par des hommes. Les traditions qui rapportent son histoire la présentent comme une souveraine impliquée dans les affaires militaires du royaume. Une histoire particulièrement célèbre raconte qu’au cours d’une campagne militaire, après la mort de son frère, Hangbé se serait déguisée en Akaba afin de maintenir le moral des soldats et de leur faire croire que le roi était toujours vivant. Elle aurait ainsi conduit les troupes à la victoire avant de révéler sa véritable identité. Cette dimension guerrière participe néanmoins à la construction de son image de reine combattante, une figure qui rompt avec les représentations traditionnelles du pouvoir féminin.

 

Selon plusieurs traditions, Hangbé aurait constitué un premier régiment féminin intégré à l’armée royale. Ces femmes auraient notamment été chargées de la protection du palais et auraient progressivement participé aux campagnes militaires du royaume. Le corps des femmes soldats du Danhomè a connu une importante institutionnalisation sous le règne du roi Guézo, au XIXᵉ siècle. Ces guerrières joueront ensuite un rôle important dans les guerres du royaume, notamment lors de la résistance aux troupes françaises en 1892.

 

Le règne de Hangbé ne se limite pas à la question militaire. Certaines traditions lui attribuent également des initiatives destinées à renforcer la participation des femmes aux activités traditionnellement réservées aux hommes. Son règne aurait ainsi constitué une remise en question des rapports de pouvoir au sein du royaume. Cette dimension explique en partie pourquoi son histoire est devenue, dans les récits contemporains, celle d’une femme ayant défié un système politique et social fortement patriarcal.

 

Après quelques années de règne, Hangbé aurait été écartée du pouvoir au profit de son frère cadet, Agadja. La question de la succession aurait donné lieu à une confrontation politique entre les partisans du fils de Hangbé, Agbo Sassa, et ceux d’Agadja. Certaines traditions racontent que son fils aurait été exécuté pour empêcher toute revendication au trône. D’autres versions divergent sur son sort. Un récit particulièrement spectaculaire rapporte qu’après cette décision, Hangbé aurait publiquement manifesté son indignation devant les dignitaires du royaume. Après l’arrivée d’Agadja au pouvoir, la mémoire de Hangbé aurait progressivement été marginalisée. C’est l’une des raisons pour lesquelles elle est aujourd’hui considérée comme une reine oubliée de l’histoire du Danhomè.

 

Pendant longtemps, le nom de Tassi Hangbé est resté principalement présent dans les traditions orales. Mais depuis quelques années, chercheurs, artistes, écrivains et acteurs culturels contribuent à faire connaître son histoire à un public plus large. En 2025, RFI lui consacrait notamment une émission dans la série Afrique, mémoires d’un continent, avec la participation du philosophe, documentariste et essayiste Arnaud Zohou, auteur de travaux consacrés à Hangbé, ainsi que de l’autrice Mèdéssè Nathalie Sagbo, créatrice d’une bande dessinée qui lui est consacrée.

 

L’histoire de Tassi Hangbé rappelle surtout que les femmes ont occupé des positions de pouvoir et d’influence dans les sociétés africaines précoloniales, même si leurs trajectoires ont parfois été moins conservées dans les récits historiques dominants.

Tassi Hangbé incarne ainsi une histoire longtemps restée dans l’ombre : celle d’une femme qui, au début du XVIIIᵉ siècle, a occupé le trône d’un royaume puissant, dirigé des hommes et des femmes dans un contexte militaire et laissé une empreinte suffisamment forte pour que, trois siècles plus tard, son nom continue de refaire surface. La reine Tassi Hangbé n’est donc pas seulement une figure oubliée à réhabiliter. Elle est aussi un rappel : l’histoire de l’Afrique ne peut être racontée pleinement sans redonner leur place aux femmes qui l’ont façonnée.

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