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Inal, Mauritanie : retour sur un massacre que la mémoire collective refuse d’effacer

Le nom d’Inal occupe une place singulière et douloureuse dans l’histoire contemporaine de
la Mauritanie. Longtemps tu, rarement évoqué dans le discours officiel, ce centre de
détention militaire situé dans le nord du pays est aujourd’hui reconnu par la mémoire
collective comme le symbole d’une tragédie majeure liée aux violences politiques et
ethniques de la fin des années 1980 et du début des années 1990.

À la fin des années 1980, la Mauritanie traverse une période de profondes turbulences. Le
climat politique est marqué par des rivalités internes, des purges au sein de l’armée et de
graves accusations de discriminations visant particulièrement les communautés
négro-mauritaniennes. Dans un contexte de méfiance généralisée, de nombreux militaires
sont arrêtés, soupçonnés de complot, de tentative de déstabilisation ou de manque de
loyauté envers le régime en place.

Ces arrestations, souvent menées sans garanties judiciaires, s’inscrivent dans une politique
de répression plus large, où l’armée devient à la fois instrument et cible du pouvoir.
C’est dans ce contexte qu’Inal devient un centre de détention pour des dizaines de
militaires, pour la plupart issus des communautés négro-mauritaniennes. Les conditions de
détention y sont décrites comme extrêmement éprouvantes : privations, violences
physiques, humiliations répétées et absence de soins.

La nuit du 28 novembre 1990, date hautement symbolique puisque correspondant à la fête
nationale célébrant l’indépendance du pays, marque un point de non-retour. Selon de
nombreux témoignages concordants de survivants et de défenseurs des droits humains, des
détenus sont soumis à des actes de torture particulièrement violents. Au moins 28 militaires
trouvent la mort cette nuit-là, dans des circonstances qualifiées d’atroces par ceux qui ont pu
en réchapper.

Les corps des victimes ne seront jamais restitués à leurs familles. Aucune explication
officielle n’est fournie. Très vite, le silence s’impose comme seule réponse de l’État.
Pendant des années, les autorités mauritaniennes évitent toute évocation publique des
événements d’Inal. Aucune enquête judiciaire indépendante n’est ouverte, aucun
responsable présumé n’est poursuivi. Pour les familles des victimes, cette absence de
reconnaissance constitue une seconde violence, prolongeant le deuil dans l’incertitude et
l’injustice.
Ce déni institutionnel nourrit un profond sentiment d’abandon et renforce les fractures
sociales déjà existantes. Inal devient alors un non-dit national, connu de tous mais rarement
nommé.

Malgré le silence officiel, la mémoire d’Inal survit. Elle est entretenue par les
commémorations annuelles, les récits des survivants et le travail patient d’organisations de
défense des droits humains, en Mauritanie comme au sein de la diaspora. Chaque 28
novembre, la douleur refait surface, rappelant que la fête nationale coïncide aussi avec l’un
des drames les plus sombres de l’histoire récente du pays.
Pour les militants, la reconnaissance du massacre d’Inal dépasse le simple devoir de
mémoire. Elle est perçue comme une étape indispensable vers la vérité, la justice et la
réparation, mais aussi comme un préalable à toute réconciliation nationale durable.
Plus de trente ans après les faits, Inal demeure un rappel brutal des dérives possibles de
l’État lorsque les abus restent impunis. Pour de nombreux Mauritaniens, cet épisode incarne
l’exigence de regarder le passé en face afin d’éviter que de telles tragédies ne se
reproduisent.
Au nom des victimes, de leurs familles et des générations futures, la mémoire collective
mauritanienne continue de refuser l’oubli.

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