
Théâtre africain : Athol Fugard, le dramaturge emblématique de l’apartheid est mort
Le dramaturge sud-africain a tiré sa révérence/ photo: Gallo Images
Le monde du théâtre sud-africain est en deuil. Athol Fugard, figure incontournable et talentueux dramaturge, est décédé le samedi 8 mars à Stellenbosch, à l’âge de 92 ans. En plus de son rôle de dramaturge, il était également metteur en scène, acteur, romancier et poète. Son œuvre, majoritairement créée sous le régime de l’apartheid, a servi de puissant vecteur pour dénoncer les injustices de cette époque sombre.
Fugard a marqué l’histoire du théâtre en défiant les normes racistes de son temps, en réunissant sur scène des acteurs blancs et noirs dès les années 1960. Sa disparition a été annoncée le dimanche 9 mars par la ville du Cap, qui a exprimé ses condoléances à tous ceux qui ont été touchés par l’art de ce géant du théâtre, reconnu pour son opposition indéfectible à l’apartheid. Le gouverneur de la région du Cap-Occidental a également salué la mémoire de cet auteur dont les pièces ont su rassembler des publics variés, véhiculant des messages de douleur partagée et d’espoir pour un avenir meilleur.
Le comédien noir John Kani, ami de longue date d’Athol Fugard et voix familière des superproductions Marvel et Disney, a exprimé sa profonde tristesse sur X suite à cette nouvelle. Ensemble, ils avaient bravé les lois ségrégationnistes, se rencontrant en secret et organisant des répétitions dans des lieux discrets tels que des salles de classe ou des garages, afin d’échapper à la répression policière.
Né le 11 juin 1932 à Middelburg, dans le sud-est de l’Afrique du Sud, Athol Fugard a grandi dans un contexte où la ségrégation raciale s’installait progressivement, privant les Sud-Africains noirs de nombreux droits fondamentaux. À partir des années 1960, il a rejoint la troupe de théâtre « The Serpent Players », composée principalement d’acteurs noirs, dont John Kani. Cette compagnie, qui défiait ouvertement les lois ségrégationnistes, a concentré ses efforts sur la dénonciation du système d’apartheid à travers des productions marquantes telles que The Island et Sizwe Banzi is Dead. La plupart des pièces de la troupe étaient présentées à l’étranger, refusant de se produire devant un public ségrégué.
Dramaturge prolifique, Athol Fugard laisse derrière lui un héritage riche d’une trentaine d’œuvres. En Afrique du Sud, son roman Tsotsi, publié en 1980, est particulièrement célèbre. Adapté au cinéma en 2005 sous le titre Mon nom est Tsotsi, le film a remporté un Oscar. En 2011, Athol Fugard a été honoré d’un Tony Award pour l’ensemble de sa carrière, soulignant ainsi l’impact durable de son travail sur le monde du théâtre.
Thom Biakpa
Post a comment