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Nkyinkyim Museum : quand l’art devient mémoire et hommage aux ancêtres au Ghana

À Nuhalenya-Ada, dans la région du Greater Accra au Ghana, un musée à ciel ouvert devient au moyen de l’art, de l’histoire et des traditions un lieu de mémoire. Créé par l’artiste multidisciplinaire ghanéen Kwame Akoto-Bamfo, le Nkyinkyim Museum invite à se remémorer l’histoire du continent, notamment les héritages de l’esclavage et du colonialisme, à travers sculptures, récits, performances et rites traditionnels associés aux contes, percussions et danses.

 

L’objectif étant de contribuer à la préservation de la mémoire et du patrimoine africain ainsi que de créer un espace de réflexion autour des conséquences du colonialisme et toutes ses composantes. Cette approche fait du Nkyinkyim Museum un lieu où le passé est raconté, interprété et vécu, pas simplement conservé à l’arrière une vitrine.

 

L’Ancestor project est l’œuvre de son directeur créatif, Kwame Akoto-Bamfo. Sa démarche artistique est profondément liée à la préservation de la mémoire africaine. L’histoire remonte à 2006, lorsqu’il commence à faire des archives de l’histoire orale et du patrimoine. Trois ans plus tard, il réalise sa première collection de têtes figuratives. En 2013, ces sculptures sont installées dans le Sacred Area du Nkyinkyim Museum. L’Ancestor Project est ensuite officiellement enregistré comme organisation à but non lucratif en 2019. Années après années, son travail s’est développé autour d’une question fondamentale : comment préserver la mémoire de celles et ceux dont l’histoire a été effacée ou déformée ?

 

L’une des œuvres centrales du musée est la Nkyinkyim Installation, une collection de sculptures figuratives consacrées notamment à la mémoire des Africains réduits en esclavage. Le parcours de ces sculptures est lui-même hautement symbolique. Elles sont présentées publiquement en 2017 lors de l’exposition Fauxreedom, organisée à l’occasion du 60e anniversaire de l’indépendance du Ghana. Elles sont ensuite installées pendant trois mois au mausolée de Kwame Nkrumah, avant d’être déplacées à Ussher Fort, ancien fort associé à l’histoire de la traite négrière et devenu par la suite une prison. La même année, une partie de l’installation est présentée au Cape Coast Castle, autre lieu emblématique de l’histoire de la traite transatlantique. Les sculptures restent dans les cachots du château pendant environ un an avant de rejoindre leur emplacement actuel au Nkyinkyim Museum. Certaines d’entre elles poursuivent leur parcours jusqu’aux États-Unis, où elles sont installées au National Memorial for Peace and Justice et au Legacy Museum à Montgomery, en Alabama. Ainsi, les sculptures ne sont pas uniquement des œuvres artistiques. Elles deviennent des marqueurs de mémoire, reliant plusieurs lieux et plusieurs générations autour d’une histoire commune.

 

Au Nkyinkyim Museum, la transmission ne repose pas uniquement sur les objets exposés. Elle passe également par la parole. Le musée a recours à des griots, détenteurs de traditions orales chargés d’expliquer aux visiteurs l’histoire, les symboles, la spiritualité et la philosophie associés aux sculptures et aux monuments. Le programme de formation des griots du musée existe depuis 2019 et a déjà permis de former plusieurs guides chargés de transmettre ces connaissances aux visiteurs.

 

Plusieurs événements rythment également la vie culturelle du musée.

 

Parmi eux figure Nkyinkyim Za, un festival dont la volonté est de faire du musée un espace vivant de création et de rassemblement.

 

La Freedom Parade constitue une autre manifestation importante. Présentée par le musée comme un passage « de la mémoire au mouvement », elle transforme la commémoration en une expérience collective. L’édition 2026 s’est déroulée du 3 au 6 janvier.

 

Au cœur du musée se trouve également le Sacred Area, un espace consacré à la vénération des ancêtres. Le lieu accueille des personnes venues se recueillir, prier, méditer ou entreprendre une démarche spirituelle liée à leur histoire familiale et culturelle. La cérémonie de vénération des ancêtres constitue l’un des temps forts de ce moment.

Le musée propose également des cérémonies de changement de nom pour les personnes d’ascendance africaine qui souhaitent renouer symboliquement avec leurs racines. Ces cérémonies peuvent comprendre une cérémonie d’accueil, des libations, des prières et des rites accomplis par un chef ou un ancien de la communauté. Cette dimension spirituelle s’inscrit dans une volonté plus large de réappropriation culturelle. Il ne s’agit donc pas seulement de connaître l’histoire africaine, mais aussi, pour certains visiteurs, de recréer un lien avec elle.

 

Le musée développe également des programmes éducatifs destinés aux écoles et aux organisations. Son offre académique comprend notamment des enseignements autour des beaux-arts, de l’histoire et de la cosmologie africaines, de la justice réparatrice et transformative ou encore de l’art du griot.

 

Dans un monde où les récits historiques africains ont souvent été racontés depuis des perspectives extérieures au continent, le musée cherche à offrir un espace où les Africains et les personnes de la diaspora peuvent rencontrer leur histoire à travers leurs propres traditions, leurs symboles et leurs voix. Le Nkyinkyim Museum apparaît ainsi comme un lieu où la mémoire des ancêtres devient une matière vivante : une mémoire qui se transmet, se célèbre et, pour certains, devient même un chemin vers la reconnexion avec leurs racines.

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