Ernesto Djédjé, roi du ziglibithy
En Côte d’Ivoire, dans les années 1970, avant l’émergence de styles musicaux tels que le coupé décalé ou le zouglou, le ziglibithy régnait en maître incontesté. Ernesto Djédjé, artiste multidisciplinaire, fils du peuple bété, en est le concepteur.
Blé Loué Djédjé Ernest connu sous le nom de Ernesto Djédjé est né en 1947 à Tahiraguhe à quelques kilomètres de la ville de Daloa. Élevé par sa mère et son oncle Blé Loué, il est très tôt initié aux rythmes du pays bété notamment le tohourou qui l’aide à développer ses capacités vocales.
En 1963, il monte avec son ami Mamadou Kante, un orchestre appelé “les antilopes”. Le groupe donne des prestations dans les alentours de Daloa et ensuite dans tout l’ouest ivoirien. Lors d’une tournée, son destin musical bascule en 1965 lorsqu’il croise le chemin d’Amédée Pierre, le « Dopé », lui aussi originaire de l’ouest de la Côte d’Ivoire. Il découvre en Ernesto et son ami des talents prometteurs et les recrute dans son orchestre « Ivoiro-Star ». Aux côtés d’Amédée Pierre, il apprend à maîtriser la guitare métallique, et devient le guitariste attitré du groupe dont il deviendra plus tard le chef d’orchestre.
Titulaire du BEPC, un fait rare pour les artistes ivoiriens de son époque, il décide de s’envoler pour la France en 1968 afin d’y étudier l’informatique. Il y fait la rencontre de grands noms de la musique africaine tels que Manu Dibango qui deviendra son mentor et Lougah François ainsi que de nouveaux genres musicaux. En 1970, toujours en France, il enregistre son premier album intitulé Anowa.
De retour définitivement en Côte d’Ivoire en 1973, il est habité par le désir de révolutionner la musique Ivoirienne. S’inspirant de plusieurs styles musicaux (rythmes and blues disco, funk, jazz, tohourou) ainsi que de la danse bété, il créa le ziglibithy.
Sa carrière atteint un point culminant avec la sortie de l’album et du titre éponyme « Ziboté » qui rencontre un succès manifeste. Sur scène, le « Roi du Ziglibithy » fascine son public. Arborant une coupe afro et vêtu de chemises cintrées en tissu brillant, ses jeux de jambes et ses déhanchés ainsi que ses textes en langue bété captivent l’attention.
Alors qu’il est au sommet de son art, le destin le fauche brutalement, le 9 juin 1983. Ernesto Djédjé s’éteint à Yamoussoukro à l’âge de 35 ans.
Officiellement le « Gnoantré national » est décédé suite à un empoisonnement. Cependant, sa mort est restée sujet à controverse. Certains affirment qu’il a été ensorcelé par Amédée Pierre avec qui il était en conflit depuis son départ de l’orchestre « Ivoiro-Star ». Une autre rumeur assimile la mort de l’artiste à un assassinat politique en raison de secrets présidentiels auxquels l’artiste aurait eu accès.
Bien que sa carrière n’ait duré qu’une vingtaine d’années, son héritage demeure immense. Ernesto Djédjé a posé les fondations d’une musique ivoirienne inspirée des savoirs locaux.

Post a comment